Salinger (J.D.), L'attrape-coeurs


L'altruisme selon Salinger
L'attrape coeurs, de J.D. Salinger
J.D. Salinger, L'attrape-coeurs.
Paris, Robert Laffont, coll. "Pocket",
1981, 252 pages.

Quatrième de couverture :

Rien n'est inscrit sur cette quatrième de couverture. Il s'agit d'une volonté des maisons d'édition qui désirent intriguer les lecteurs en les incitant à ouvrir le livre.


Quelques passages du livre :

« Et puis, je ne vais pas vous défiler ma complète autobiographie. » (p. 9)

« L’adieu, je veux bien qu’il soit triste ou pas réussi mais au moins je veux savoir que je m’en vais. Sinon c’est encore pire. » (p. 13)

« […]
- Qu’est-ce qu’il vous a dit ?
- Ben … il a parlé de la Vie qui serait un jeu et tout. Et qu’il faut jouer selon des règles. Il a été plutôt gentil, je veux qu’il a pas sauté au plafond ni rien. Il répétait simplement des choses sur la Vie qui serait un jeu, vous voyez.
- La vie est un jeu, mon garçon. La vie est un jeu, mais on doit le jouer selon les règles.
- Oui, monsieur. Je le sais bien. Je sais.
Un jeu, mon cul. Drôle de jeu. Si on est du côté où sont les cracks, alors oui, d’accord, je veux bien, c’est un jeu. Mais si on est dans l’autre camp, celui des pauvres types, alors en quoi c’est un jeu ? C’est plus rien. Y’a plus de jeu. »

« J’ai dit « Ouah ». Parce que, aussi, je dis « Ouah ». En partie parce que j’ai un vocabulaire à la noix et en partie que souvent j’agis comme si j’étais plus jeune que mon âge, j’avais seize à l’époque et maintenant j’en ai dix-sept et quelquefois j’agis comme si j’en avais dans les treize. Et le plus marrant c’est que je mesure un mètre quatre-vingt-six et que j’ai des cheveux blancs. Sans blague. Sur un côté de ma tête – le côté droit – y a des millions de cheveux blancs. Je les ai depuis que je suis môme. Et pourtant j’agis quelquefois comme si j’avais dans les douze ans ; tout le monde le dit, spécialement mon père. C’est un peu vrai. Mais pas vrai cent pour cent. Les gens pensent toujours que ce qui est vrai est vrai cent pour cent. Je m’en balance, sauf que ça finit par m’assommer quand les gens me disent que tout de même, à ton âge … Ca m’arrive aussi d’agir comme si j’étais plus vieux que mon âge – mais les gens le remarquent jamais. Les gens ne remarquent jamais rien. » (p. 19)

« « Je vous ai saqué en histoire parce que vous ne saviez absolument rien.
- C’est vrai, monsieur. » Ouah, c’était vrai. « Vous aviez pas le choix. »
Il a répété « Absolument rien ». C’est un truc qui me rend dingue. Quand les gens disent deux fois la même chose alors que la première fois vous étiez déjà d’accord. Et voilà qu’il l’a dit une troisième fois. « Mais absolument rien. Je me demande même si vous avez jamais ouvert votre manuel de tout le trimestre. Alors ? Dites-moi la vérité, mon garçon.
- Ben … Ca m’est arrivé d’y jeter un coup d’œil », j’ai dit. Pour pas le vexer. Il adorait l’histoire.
« Ah vous y avez jeté un coup d’œil ? » il a dit, très sarcastique. » (pp. 20 – 21)

« Je me suis mis à imiter un de ces types dans les films. Dans les comédies musicales. Pour moi les films c’est pire que la peste mais j’adore imiter les acteurs. » (p. 41)

« L’ennui c’est que j’arrivais pas à penser à une pièce ou une maison à décrire comme Stradlater avait dit. Je raffole pas de décrire les pièces ou les maisons. Donc voilà ce que j’ai fait, j’ai parlé du gant de base-ball de mon frère Allie. C’était un bon sujet de description. Vraiment bon. Mon frère Alli avait un gant de base-ball pour joueur gaucher. Parce qu’Allie était gaucher. Ce qui prêtait à description c’est qu’y avait des poèmes écrits sur les doigts et partout. A l’encre verte. Mon frère les copiait sur son gant pour avoir quelque chose à lire quand il était sur le terrain et qu’il attendait que ça redémarre. Maintenant il est mort, mon frère. Il a eu une leucémie, il est mort quand on était dans le Maine, le 18 juillet 1946. Vous l’auriez aimé. Il avait deux ans de moins que moi mais il était dans les cinquante fois plus intelligent. Il était super-intelligent. Ses professeurs écrivaient tout le temps à ma mère pour lui dire quel plaisir ça leur faisait d’avoir Allie dans la classe. Et c’était pas du baratin. Ils le pensaient pour de vrai. Non seulement Allie était le plus intelligent de la famille mais en bien des façons il était le plus chouette. Il se mettait jamais en rogne. Les rouquins, on dit qu’ils se mettent en rogne facilement, mais Allie jamais. Je vais vous dire le genre de rouquin que c’était. J’ai commencé à jouer au golf quand j’avais à peine dix ans. Je me souviens d’une fois, l’année de mes douze ans, je plaçais la balle sur le tee et j’ai eu comme l’impression que si je me retournais je verrais Allie. Je me suis retourné. Et tout juste, il était là, assis sur son vélo, e l’autre côté de la clôture – y avait cette clôture qui entourait le terrain – et il était là, à cent cinquante mètres de moi environ qui me regardait faire. Voilà le genre de rouquin que c’était. Bon Dieu, on a jamais vu un môme aussi chouette. Pendant les repas ça lui arrivait de rire tellement en pensant à quelque chose qu’il tombait presque de sa chaise. C’était l’année de mes treize ans et mes vieux allaient être forcés de me faire psychanalyser et tout parce que j’avais brisé toutes les vitres du garage. Je leur en veux pas. Je couchais dans le garage, la nuit où Allie est mort, et j’ai brisé toutes les foutues vitres à coups de poing, juste comme ça. J’ai même essayé de démolir aussi les vitres du break qu’on avait cet été-là, mais ma main était déjà cassée et tout, alors j’ai pas pu. Un truc idiot faut bien le dire, mais je savais plus trop ce que je faisais et vous vous savez pas comment il était, Allie. J’ai encore quelquefois une douleur à la main par temps e pluie et je peux pas serrer le poing – pas le serrer complètement – mais à part ça je m’en fiche. J’ai jamais eu l’intention d’être chirurgien, ou violoniste. » (pp. 51 – 52)

« J’ai dit « Et pourquoi je la fermerais ? ». Et là encore je hurlais littéralement. « C’est bien le problème avec les crétins de ton espèce. Vous voulez jamais discuter. De rien. C’est comme ça qu’on reconnaît un crétin. Il veut jamais rien discuter d’intell… » » (p. 59)

« Vous avez jamais rien vu d’aussi sanglant. Du sang, j’en avais partout, sur la bouche et le menton et même sur mon pyjama et ma robe de chambre. C’était un spectacle à faire peur et en même temps je trouvais ça fascinant. J’avais l’air d’un gros dur. Je m’étais battu à peu près deux fois dans ma vie et les deux fois j’avais dérouillé. Je suis pas un dur. Si vous voulez savoir, je suis pacifiste. » (p. 60)

« Elle avait dans les quarante ou quarante-cinq ans, je suppose, mais elle était très bien. Les femmes ça me tue. Sincèrement. Je ne veux pas dire que je suis un obsédé sexuel – oh non, quoique ça m’intéresse le sexe. Mais les femmes, je les aime bien, voilà tout. » (p. 70)

« C’est ça mon problème. Dans ma tête, je suis probablement le type le plus vicieux que vous ayez jamais rencontré. Quelquefois je pense à des choses vraiment dégoûtantes que ma foi je ferais bien si l’occasion s’en présentait. Même, je me rends compte que ça peut être marrant, dans le genre dégueulasse, si un gars et une fille ont trop bu tous les deux, de s’asperger mutuellement la figure avec de l’eau ou quoi. Mais c’est l’idée qui me plaît pas, elle est puante, si on l’analyse. Je me dis que si on aime pas trop une fille, on devrait pas chahuter du tout avec elle, et si on l’aime, alors on est censé aimer sa figure et si on aime sa figure on devrait pas lui faire des saletés comme l’asperger d’eau et tout. C’est pas bien que des trucs dégoûtants puissent être tellement marrants. Quand on essaie de ne pas être trop dégoûtant, quand on essaie de pas gâcher quelque chose de vraiment bon, les filles elles vous aident pas beaucoup. Y a deux ans, j’ai connu une fille qu’était encore plus dégoûtant que moi. Ouah, pour une dégoûtant, c’en était une. Mais pendant un moment on s’est bien marrés, dans le genre dégoûtant. Le sexe, j’y comprends vraiment rien. On sait jamais où on en est. Pour le sexe j’arrête pas de me donner des règles et aussitôt je les oublie. L’année dernière je me suis donné pour règle de plus tripoter les filles que je trouve emmerdeuses. Et pourtant, la même semaine – le jour même je crois bien – avec cette andouille d’Anne-Louise Shermann, on a passé toute la soirée à se papouiller. Le sexe, c’est vraiment quelque chose que j’arrive pas à comprendre. Je vous jure ça me dépasse. » (p. 80)

« Je dois reconnaître que je me sentais plutôt excité, sexuellement parlant. » (p. 81)

« En fait je suis vraiment le seul idiot de la famille. Mon frère D.B. est un écrivain et tout, et mon frère Allie, celui qui est mort, celui dont je vous ai parlé, c’était un génie. Je suis vraiment le seul idiot. » (p. 86)

« Cette môme, si on lui dit des trucs, elle sait toujours exactement de quoi on parle. Je veux dire, vous pouvez l’emmener n’importe où. Par exemple, si vous l’emmenez voir un film dégueulasse elle saura que le film est dégueulasse. Si vous l’emmenez voir un film plutôt bon elle saura que le film est plutôt bon. » (p. 86)

« Lorsque je suis entré c’était pas la grande foule mais ils m’ont quand même salement placé, à une table tout au fond. J’aurais dû agiter un billet d’un dollar sous le nez du maître d’hôtel. A New York, l’argent a toujours son mot à dire – sans blague. » (p. 88)

« Ouah. Une femme du monde. Putain, une reine. » (p. 91).

« Quand on est allés se rasseoir j’étais à moitié amoureux d’elle. Les filles c’est comme ça, même si elles sont plutôt moches, même si elles sont plutôt connes, chaque fois qu’elles font quelque chose de chouette on tombe à moitié amoureux d‘elles et alors on sait plus où on en est. Les filles. Bordel. Elles peuvent vous rendre dingue. Comme rien. Vraiment. » (p. 92)

« Je crois que j’aime me moquer un petit peu des filles quand l’occasion s’en présente mais c’est curieux, les filles que je préfère j’ai jamais envie de m’en moquer vraiment. Parfois je me dis que ça leur plairait. Au fond, je sais que ça leur plairait. Mais c’est dur de commencer quand on les connait depuis très longtemps et qu’on l’a jamais fait. » (p. 98)

« J’ai commandé un scotch-and-soda, c’est ce que je préfère après le daiquiri. Chez Ernie, même un  gosse de six ans pourrait boire de l’alcool tellement c’est sombre et tout, et en plus tout le monde s’en fout de votre âge. Et vous seriez drogue, tout le monde s’en foutrait tout pareil. » (p. 106)

« Pour les filles vraiment moches, c’est pas drôle. Je les plains. Quelquefois j’ai même pas le courage de les regarder, spécialement quand elles sont avec un abruti qui leur raconte un match de football à la con. » (p. 107)

« Je suis un type assez dégonflé ? j’essaie de pas le montrer mais c’est pourtant vrai. » (p. 110)

« Hey, elle est jolie ? Je veux pas d’une vieille pouffiasse. » (p. 114)

« Je savais bien que j’avais pas à me pomponner ou quoi pour une prostituée mais ça me donnait au moins quelque chose à faire. J’étais sexuellement excité et tout mais j’étais aussi un peu inquiet. Si vous voulez savoir, eh bien, je suis puceau. Sans blague. J’ai pourtant eu plusieurs occasions de plus l’être mais je suis pas encore allé jusqu’au bout. Il arrive toujours quelque chose. » (p. 114)

« […]
- Tintin. »
C’était drôle qu’elle dise ça. C’était ce qu’aurait dit un mioche. On penserait qu’une pute et tout ça vous dirait « Mon cul » ou « Arrête tes conneries », et pas « Tintin ». » (p. 117)

« Franchement c’était gênant en un sens de parler de Roméo et Juliette avec elle. Parce qu’il y a du sexe ici et là dans la pièce et elle c’était une religieuse et tout. Mais elle me demandait, alors j’ai discuté un peu avec elle. » (p. 137)

« […] j’ai regardé les filles. Pour beaucoup de collèges les vacances avaient déjà commencé ; Il y avait bien un million de filles, assises ou débout, ici  et là, qui attendaient que leur copain se pointe. Filles croisant les jambes, filles croisant pas les jambes, filles avec des jambes du tonnerre, filles avec des jambes mochetingues, filles qui donnaient l’impression d’être extra, filles qui donnaient l’impression que si on les fréquentait ce seraient de vraies salopes. C’était comme un chouette lèche-vitrines, si vous voyez ce que je veux dire. En un sens c’était aussi un peu triste, parce qu’on pouvait s’empêcher de se demander ce qui leur arriverait, à toutes ces filles. Lorsqu’elles sortiraient du collège, je veux ire. On pouvait être sûr que la plupart se marieraient avec des mecs complètement abrutis. Des mecs qu’arrêtent pas de raconter combien leur foutue voiture fait de miles au gallon. Des mecs qui se vexent comme des mômes si on leur en met plein les narines au golf, ou même à un jeu de stupide comme le ping-pong. Des mecs terriblement radins. Des mecs qui lisent jamais un bouquin. Des mecs super-casse-pieds. » (p. 151)

« Finalement, voilà que la môme Sally montait les marches, et je les ai descendues pour aller à sa rencontre. Elle était vachement chouette. Sans blague. Elle avait un manteau noir et une sorte de béret noir. Elle portait presque jamais de coiffure mais ce béret,  c’était vraiment joli. Le plus rôle c’est que dès l’instant où je l’ai vue j’ai eu envie de me marier avec elle. Je suis dingue. Je la trouvais même pas tellement sympa et tout d’un coup je me sentais amoureux et  je voulais qu’on se marie. Je vous jure, je suis dingue, faut le reconnaître. » (pp. 152 – 153)

« Quand elle arrive au rendez-vous, si une fille a une allure folle qui va se plaindre qu’elle est en retard ? Personne. » (p. 153)

« Et puis j’ai regardé un moment tous les frimeurs. A côté de moi y’en avait un qui faisait du gringue à la fille qui l’accompagnait. Il arrêtait pas de lui dire qu’elle avait des mains aristocratiques. Ça m’a tué. A l’autre bout du bar c’était plein de pédés qu’avaient pas trop l’air de pédés – je veux qu’étaient pas trop à manière ni rien – mais on voyait tout de même bien que c’étaient des pédés. » (p. 174)

« Il disait que ça changeait rien qu’un type soit marié ou pas. Il disait que la moitié des gars dans le monde sont des pédés qui s’ignorent. Qu’on pouvait pratiquement le devenir en une nuit si on avait ça dans le tempérament. Il nous foutait drôlement la frousse. Je m’attendais à tout instant à être changé en pédé ou quoi. Le plus curieux, c’est que ce gars, j’avais l’impression qu’il était lui-même un peu pédé, en un sens. » (p. 175)

« Je me faisais du souci, je pensais que j’allais probablement attraper une pneumonie et claquer. Je me suis mis à me représenter les millions de pedzouilles qui viendraient à mon enterrement. Mon grand-père de Detroit qui lit tout haut les numéros des rues quand on prend le bus ensemble, et mes tantes – j’en ai dans les cinquante – et ma ribambelle de cornichons de cousins. Ça ferait une foule. Quand Allie est mort ils sont tous venus, toute la troupe à la con. J’ai cette idiote de tante, celle qui a mauvaise haleine, elle arrêtait pas de dire qu’Allie, il avait l’air si paisible étendu là, c’est D.B. qui me l’a raconté. Moi j’y étais pas. J’étais encore à l’hôpital. On m’avait mis à l’hôpital et tout, vu que je m’étais abîmé la main. Bon. Je me suis dit que j’allais sûrement avoir une pneumonie, avec ces glaçons dans les cheveux, et que je mourrais. Et ça m’embêtait vachement pour ma mère parce qu’elle est encore pas remise, à cause de mon frère Allie. » (p. 188)

« J’espère que lorsque je mourrai quelqu’un aura le bon sens de me jeter dans une rivière. N’importe quoi plutôt que le cimetière. Avec des gens qui viennent le dimanche vous poser un bouquet de fleurs sur le ventre et toutes ces conneries. Est-ce qu’on a besoin de fleurs quand on est mort ? » (p. 188)

« Je l’ai regardée un bout de temps, elle était endormie avec la figure sur le bord de l’oreiller et la bouche ouverte, mais pas les gosses. Les gosses ils sont quand même chouettes. » (p. 193)

« Je pensais à quelque chose. Quelque chose de dingue. J’ai dit « Tu sais ce que je voudrais être ? Tu sais ce que je voudrais être si on me laissait choisir, bordel ?
- Quoi ? Dis pas de gros mots.
- Tu connais la chanson ‘’Si un cœur attrape un cœur qui vient à travers les seigles’’ ? Je voudrais …
- C’est ‘’Si un corps rencontre un corps qui vient à travers les seigles’’. C’est un poème de Robert Burns.
- Je le sais bien que c’est un poème de Robert Burns. » Remarquez, elle avait raison, c’est « Si un corps rencontre un corps qui vient à travers les seigles ». Depuis, j’ai vérifié.
Là, j’ai dit : « Je croyais que c’était ‘’Si un cœur attrape un cœur’’. Bon. Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux je veux dire pas de grandes personnes – rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire c’est attraper les mômes s’il approchent trop près du bord. Je veux dire s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C’est ce que je ferais toute la journée. Je serais juste l’attrape-cœurs et tout. D’accord, c’est dingue mais c’est vraiment ce que je voudrais être. Seulement ça. D’accord, c’est dingue. » (pp. 208 – 209)

« […]
- L’ennui c’est que moi j’aime bien quand on s’écarte du sujet. C’est plus intéressant et tout.
- Tu n’as pas envie, quand quelqu’un te raconte quelque chose, qu’il s’en tienne aux faits qu’il relate ?
- Oh sûr. J’aime qu’on s’en tienne aux faits. Mais j’aime pas qu’on s’en tienne trop aux faits. Je sais pas. Je suppose que j’aime pas quand quelqu’un s’en tient tout le temps aux faits. » (p. 220)

« Cet échec vers lequel tu cours, c’est un genre d’échec particulier – et horrible. L’homme qui tombe, rien ne lui permet de sentir qu’il touche le fond. Il tombe et il ne cesse pas e tomber. C’est ce qui arrive aux hommes qui, à un moment ou à un autre durant leur vie, étaient à la recherche de quelque chose que leur environnement ne pouvait leur procurer. Du moins voilà ce qu’ils pensaient. Alors ils abandonné leurs recherches. Avant même d’avoir vraiment commencé. Tu me suis ? » (p. 224)

« L’homme qui manque de maturité veut mourir noblement pour une cause. L’homme qui a atteint la maturité veut vivre humblement pour une cause. » (p. 225)

« Je pense qu’un de ces jours il va falloir que tu découvres où tu veux aller. Et alors, tu devras prendre cette direction. Immédiatement. Tu ne peux pas te permettre de perdre une minute. Pas toi. » (p. 225).

« Et puis j’ai lu cet autre article sur la façon de voir si on a un cancer. Il disait que si on avait dans la bouche des écorchures qui mettaient du temps à guérir c’était probable qu’on avait un cancer. Ca faisait presque deux semaines que j’en avais une à l’intérieur e la lèvre. Aussi je me suis dit qu’il me venait un cancer. Ce magazine, rien de tel pour vous remonter le moral. » (p. 234).

« Finalement, ce que j’ai décidé, c’est de m’en aller. J’ai décidé de jamais rentrer à la maison, de jamais plus être en pension dans un autre collège. J’ai décidé que simplement je reverrais la môme Phoebe pour lui dire au revoir et tout et lui rendre son fric de Noël, et puis je partirais vers l’Ouest. En stop. Ce que je ferais, je descendrais à Holland Tunnel et là j’arrêterais une voiture, puis une autre et une autre et encore une autre, et dans quelques jours je serais dans l’Ouest, là où c’est si joli, où y a plein de soleil et où personne me connaîtrait et je me dégoterais du boulot. Je suppose que je pourrais bosser quelque part ans une station-service, je mettrais de l’essence et de l’huile ans les voitures. Mais n’importe quel travail conviendrait. Suffit que les gens me connaissent pas et que je connaisse personne. Je me disais que le mieux ce serait de me faire passer pour un sourd-muet. Et comme ça terminé d’avoir à parler avec les gens. Tout le monde penserait que je suis un pauvre couillon de sourd-muet et on me laisserait tranquille. Je serais censé mettre de l’essence et de l’huile dans ces bagnoles à la con et pour ça on me paierait un salaire et tout et avec le fric je me construirais quelque part une petite cabane et je passerais là le reste de ma vie. Je la construirais près des bois mais pas dans les bois parce que je veux qu’elle soit tout le temps en plein soleil. Je me ferais moi-même à manger et plus tard, si je voulais me marier, je rencontrerais cette fille merveilleuse qui serait aussi sourde-muette et je l’épouserais. Et elle viendrait vivre dans ma cabane et quand elle voudrait me dire quelque chose il faudrait qu’elle l’écrive sur un bout de papier comme tout le monde. Si on avait des enfants on les cacherait quelque part. On leur achèterait un tas de livres et on leur apprendrait nous-mêmes à lire et à écrire. » (pp. 236 – 237).

« Elle a couru acheter son billet et elle est revenue juste à temps sur le foutu manège. Puis elle a fait tout le tour pour retrouver son cheval. Elle est montée. Elle a agité la main vers moi. Et j’ai agité la main.
Ouah. Ça s’est mis à pleuvoir. A seaux. Je vous jure. Les parents, les mères, tout le monde est allé sous le toit du manège pour pas être trempé jusqu’aux os mais moi je suis resté un moment sur le blanc. J’étais vachement mouillé, spécialement dans le cou et puis mon pantalon. Ma casquette c’était pas mal comme protection, mais quand même j’étais traversé. Je m’en foutais. Subitement, je me sentais si formidablement heureux, à regarder la môme Phoebé qui arrêtait pas de tourner. J’ai cru que j’allais chialer tellement j’étais heureux, si vous voulez savoir. Pourquoi, moi je sais pas. C’était juste qu’elle était tellement mignonne et tout, à tourner sur le manège, dans son manteau bleu et tout. Bon Dieu j’aurais vraiment aimé que vous soyez là. » (p. 251)

« Les gens dont j’ai parlé, ça fait comme s’ils me manquaient à présent […]. Faut jamais rien raconter à personne. Si on le fait, tout le monde se met à vous manquer. » (pp. 252 – 253).

Critique de "L'attrape-coeurs"
réalisé par Cédric
le 17 juin 2013
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