Pennac (Daniel), Chagrin d'école


A bas l'école !
Chagrin d'école, de Daniel Pennac
Daniel Pennac, Chagrin d'école.
Paris, Gallimard, coll. "Folio",
2009, 304 pages.

Quatrième de couverture :

Chagrin d’école, dans la lignée de Comme un roman, aborde la question de l’école du point de vue de l’élève, et en l’occurrence du mauvais élève. Daniel Pennac, ancien cancre lui-même, étudie cette figure du folklore populaire en lui donnant ses lettres de noblesse, en lui restituant aussi son poids d’angoisse et de douleur.


Quelques passages du livre :

« Un après-midi de l’année du bac (une des années du bac), mon père me donnant un cours de trigonométrie dans la pièce qui nous servait de bibliothèque, notre chien se coucha en douce sur le lit, derrière nous. Repéré, il fut sèchement viré :
- Dehors, le chien, dans ton fauteuil !
Cinq minutes plus tard, le chien était de nouveau sur le lit. Il avait juste pris le soin d’aller chercher la vieille couverture qui protégeait son fauteuil et de se coucher sur elle. Admiration générale, bien sûr, et justifiée : qu’un animal pût associer une interdiction à l’idée abstraite de propreté et en tirer la conclusion qu’il fallait faire son lit pour jouir de la compagnie des maîtres, chapeau, évidemment, un authentique raisonnement ! Ce fut un sujet de conversation familiale qui traversa les âges. Personnellement, j’en tirai l’enseignement que même le chien de la maison pigeait plus vite que moi. Je crois bien lui avoir murmuré à l’oreille :
- Demain, c’est toi qui vas au bahut, lèche-cul. » (p. 17).

« J’annonce à Bernard que je songe à écrire un livre concernant l’école ; non pas l’école qui change dans la société qui change, comme a changé cette rivière, mais, au cœur de cet incessant bouleversement, sur ce qui ne change pas, justement, sur une permanence dont je n’entends jamais parler : la douleur partagée du cancre, des parents et des professeurs, l’interaction e ces chagrins d’école. » (pp. 18-19).

« Les mots du professeur ne sont que des bois flottants auxquels le mauvais élève s’accroche sur une rivière dont le courant l’entraîne vers les grandes chutes. » (p. 20).

« […] c’est le propre des cancres, ils se racontent en boucle l’histoire de leur cancrerie : je suis nul, je n’y arriverai jamais, même pas la peine d’essayer, c’est foutu d’avance, je vous l’avais bien dit, l’école n’est pas faite pour moi… L’école leur paraît un club très fermé dont ils s’interdisent l’entrée. Avec l’aide de quelques professeurs, parfois. » (p. 22).

« A six ans, tu es tombé dans la poubelle municipale de Djibouti. » (p. 25).

« […] gardons-nous de sous-estimer la seule chose sur laquelle nous pouvons personnellement agir et qui, elle, date de la nuit des temps pédagogiques : la solitude et la honte e l’élève qui ne comprend, perdu dans un monde où tous les autres comprennent. » (p. 39).

« Comment consoler une gamine avec une leçon de grammaire ? » (p. 63).

« […] elle pleurait son futur comme un jeune mort. » (p. 65).

« […] dans la société où nous vivons, un adolescent installé dans la conviction de sa nullité – voilà au moins une chose que l’expérience vécue nous aura apprise – est une proie. » (p. 80).

« « Dès les premières heures de cours, cette année-là, nous nous étions attaqués à ce « y », à ce « en », à ce « tout », à ce « ça », mes élèves et moi. C’est par eux que nous avions entamé l’assaut du bastion grammatical. Si nous voulions nous installer solidement dans l’indicatif présent de notre cours, il fallait régler leur compte à ces mystérieux agents de désincarnation. Priorité absolue ! Nous avons donc fait la chasse aux pronoms flous. Ces mots énigmatiques se présentaient comme autant d’abcès à vider. » (p. 117).

« La grammaire, ça me gonfle encore plus que les math, m’sieur ! » (p. 119).

« Les maux de grammaire se soignent par la grammaire, les fautes d’orthographe par l’exercice de l’orthographe, la peur de lire par la lecture, celle de ne pas comprendre par l’immersion dans le texte, et l’habitude de ne pas réfléchir par le calme renfort d’une raison strictement limitée à l’objet qui nous occupe, ici, maintenant, dans cette classe, pendant cette heure de cours, tant que nous y sommes. » (p. 122).

« Ce sera noté, m’sieur ? » (p. 175).

« Il existe cinq sortes d’enfants sur notre planète, aujourd’hui : l’enfant chez nous, l’enfant producteur sous d’autres cieux, ailleurs l’enfant soldat, l’enfant prostitué,  et sur les panneaux incurvés du métro, l’enfant mourant dont l’image, périodiquement, penche sur notre lassitude le regard de la faim et de l’abandon.
Ce sont des enfants, tous les cinq.
Instrumentalisés, tous les cinq. » (p. 280).

« Vous êtes tous les mêmes, les profs ! Ce qui vous manque, ce sont des cours d’ignorance ! On vous fait passer toutes sortes d’examens et de concours sur vos connaissances acquises, quand votre première qualité devrait être l’aptitude à concevoir l’état de celui qui ignore ce que vous savez ! Je rêve d’une épreuve du Capès ou de l’agreg où on demanderait au candidat de se souvenir d’un échec scolaire – une brusque chute, en math, par exemple, en troisième ou en seconde – et de chercher à comprendre ce qui lui est arrivé cette année-là. » (pp. 291-292).

réalisé par Cédric
le 24 juin 2013
 
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