Page (Martin), Comment je suis devenu stupide


intelligence = bonheur ?
Comment je suis devenu stupide, de Martin Page
Martin Page, Comment je suis devenu stupide.
Paris, France Loisirs, coll. "Piment",
2001, 144 pages.

Quatrième de couverture :

Antoine est trop intelligent pour ne pas souffrir des abus de la société de consommation et du prêt-à-penser. Comment s'en sortir ? IL tente l'alcoolisme mais son corps ne tient pas. Il prend des cours de suicide mais il n'est pas doué pour passer à l'acte. La solution pour échapper aux tourments de la pensée ? Devenir un "imbécile heureux". Antoine va s'y employer avec méthode ...


Quelques passages du livre :

« Il n’y a rien qui m’énerve plus que ces histoires où le héros, à la fin, retrouvera sa situation de départ en ayant gagné quelque chose. Il aura pris des risques, vécu des aventures, mais, au final, retombera sur ses pattes. Je ne veux pas participer à ce mensonge : faire semblant de ne pas déjà connaître la conclusion de tout ça. Je sais très bien que ce voyage dans la stupidité va se transformer en un hymne à l’intelligence. Ce sera ma petite Odyssée personnelle, après bien des épreuves dangereuses, je finirai par rejoindre Ithaque. Je sens déjà cette odeur d’ouzo et de feuilles de vigne farcies. Ce serait hypocrite de ne pas le dire, de ne pas dire que, dès le début de l’histoire, on sait que le héros va s’en tirer, qu’il va même se sortir grandi de tant d’épreuves. Un dénouement artificiellement construit pour paraître naturel proclamera une leçon du genre : « C’est bien de penser, mais il faut profiter de la vie. » Quoi que nous disions, quoi que nous fassions, il y a toujours une morale qui broute dans le pré de notre personnalité. » (pp. 11-12)

« Ma vie est un désastre, expliqua Antoine toujours debout, en bougeant nerveusement les mains. Mais ce n’est pas le plus grave. Le vrai problème, c’est que j’en suis conscient … » (p. 43)

« La seule liberté, c’est la mort ; être libre, c’est mourir. » (p. 45) « Antoine ne voulait pas vivre, c’était certain, mais il ne voulait pas mourir non plus » (p. 47)

« Il y a des gens à qui les meilleures choses ne réussissent pas. Ils peuvent être habillés d’un costume en cachemire, ils auront l’air d’un clochard ; être riche et endettés ; être grands et nuls au basket. Je m’en rends compte aujourd’hui, j’appartiens à l’espèce de ceux qui n’arrivent pas à rentabiliser leurs avantages, pour qui ces avantages sont même des inconvénients. » (p. 53)

« La vérité sort de la bouche des enfants. A l’école primaire, une insulte infâme était d’être traité d’intello ; plus tard, être un intellectuel devient presque une qualité. Mais c’est un mensonge : l’intelligence est une tare. Comme les vivants savent qu’ils vont mourir alors que les morts ne savent rien, je pense qu’être intelligent est pire qu’être bête, parce que quelqu’un de bête ne s’en rend pas compte, tandis que quelqu’un d’intelligent, même humble et modeste, le sait forcément. » (pp. 53-54)

« J’ai la malédiction de la raison ; je suis pauvre, célibataire, déprimé. Cela fait des mois que je réfléchis sur ma maladie de trop réfléchir, et j’ai établi avec certitude la corrélation entre mon malheur et l’incontinence de ma raison. Penser, essayer de comprendre ne m’a jamais rien apporté mais a toujours joué contre moi. Réfléchir n’est pas une opération naturelle, ça blesse, comme si cela révélait des tessons de bouteille et des barbelés mêlés à l’air. Je n’arrive pas à arrêter mon cerveau, à ralentir sa cadence. Je me sens comme une locomotive, une vieille locomotive qui fonce sur les rails, et qui ne pourra jamais s’arrêter, car le carburant qui lui donne sa puissance vertigineuse, son charbon, est le monde. Tout ce que je vois, sens, entends, s’engouffre dans le four de mon esprit, l’emballe et le fait tourner à plein régime. Essayer de comprendre est un suicide social, cela veut dire ne plus goûter à la vie sans se sentir, malgré soi, à la foi comme un oiseau de proie et un charognard qui dépèce ses objets d’étude. Ce qu’on cherche à comprendre, souvent, on le tue, car, comme chez l’apprenti médecin, il n’y a pas de véritable connaissance sans dissection  on découvre les veines et la circulation du sang, l’organisation du squelette, les nerfs, le fonctionnement intime du corps. » (p. 57)

« La stupidité des gens ne vient pas de leur manque d’intelligence, mais de leur absence de courage. » (p. 61)

« Qu’est-ce que je vais devenir ? Pourquoi est-ce que je suis différent ? Je veux la banalité de la vie, je veux être conforme. Juste une fourmi parmi les fourmis. » (p. 74)

« Être un vrai connard, c’est un bon remède à ma maladie. J’ai besoin d’un traitement radical : être un connard, ce sera la chimiothérapie de mon intelligence. C’est un risque que je prends sans hésiter. » (p. 85)

réalisé par Cédric
le 24 juin 2013
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