Le Callet (Blandine), Une pièce montée


Cinquante mensonges et un mariage
Une pièce montée, de Blandine Le Callet
Blandine Le Callet, Une pièce montée.
Paris, Le Livre de Poche,
2007, 252 pages.

Quatrième de couverture :

La pièce montée arrive, sur un plateau immense porté par deux serveurs. Vincent voit osciller au rythme de leur marche cette tour de Babel en choux à la crème, surmontée du traditionnel couple de mariés. Il se dit : C'est moi, ce petit bonhomme, tout en haut. C'est moi. Il se demande qui a pu inventer un gâteau aussi ridicule. Cette pyramide grotesque ponctuée de petits grains de sucre argentés, de feuilles de pain azyme vert pistache et de roses en pâte d'amandes, cette monstruosité pâtissière sur son socle de nougatine. Et ce couple de mariés perché au sommet, qu'est-ce qu'il symbolise, au juste ?


Quelques passages du livre :

« […] les adultes ont toujours raison. Elle obéit sans discuter ? D’abord, parce qu’elle veut faire plaisir à sa maman, qui est tellement contrariée lorsque les enfants sont insupportables. Surtout, parce qu’elle aime bien qu’on ne fasse pas attention à elle, qu’on l’oublie dans son coin. C’est beaucoup plus simple qu’être une petite fille sans histoire : on est toujours content d’elle, et on la laisse tranquille. » (pp. 9 – 10)

« Elle n’a jamais vu de sa vie une aussi jolie robe. Elle ne peut détacher son regard des motifs de dentelle, sur le corsage. Elle s’entraîne à conserver les yeux ouverts le plus longtemps possible sur les fleurs délicates entrelacées de feuillage que dessinent les fils de soie. Puis elle ferme les yeux et laisse danser les motifs qui restent comme imprimés derrière ses paupières closes, métamorphosés en entrelacs bleus presque fluorescents, qui peu à peu se dissolvent. Elle est fascinée par la persistance du motif, malgré ses yeux fermés, puis par sa lente désintégration. Elle se demande s’il n’entre pas dans ce phénomène une part de magie émanant, peut-être, de la robe elle-même. Elle a fixé les motifs si longtemps, si intensément que, malgré leur extrême complexité, elle en gardera toute sa vie une vision précise. » (pp. 18 – 19)

« Elle n’a jamais rien vu de si beau, de si paisible et harmonieux. Elle prie, les mains serrées autour de son petit bouquet : que ses parents arrêtent de se disputer, qu’elle se marie un jour avec un beau jeune homme, que l’odeur de cuir disparaisse de la voiture neuve de papa, que cette journée ne finisse jamais. » (p. 19)

« Il se demande parfois s’il est vraiment possible de faire reculer le mal. Pour ne plus douter, il prie Celui qui a souffert pour racheter les péchés du monde. Il essaie de vivre dignement, d’apporter lui aussi sa pierre – petite, modeste, obscure – à l’édifice. Il se répète que les hommes sont capables de choses formidables. Mais plus il y réfléchit, plus il lui semble qu’au bout du compte, c’est le mal qui triomphe. Un vent mauvais se répand sur le monde, une brume glauque, une ombre gigantesque. » (p. 35)

« Elle sait qu’elle va devoir les abandonner en cours de route. Peut-être que le temps les abîmera. Peut-être qu’un jour ils se sépareront. Mais elle ne sera plus là ; elle ne le saura jamais. Pour elle ils resteront un jeune couple parfait, figé dans un bonheur inaltérable. » (p. 63)

« C’est ça qu’elle aime chez les enfants. Leur capacité de passer en cinq minutes de la pire catastrophe à la plus complète insouciance. » (p. 80)

« Elle ne sait pas ce qu’elle va faire, mais elle va prendre une décision, dans les mois à venir, peut-être même dans quelques semaines, quand la saison des mariages sera terminée. Les mariages où il faut être un couple « qui s’entend bien », après avoir été un couple « très amoureux ». » (p. 90)

« La roue du moulin tourne, emporte le temps avec l’eau, l’anéantit de son vacarme. » (p. 91)

« Laurence s’est mariée à vingt-cinq ans ; Bérengère se marie à vingt-six ans, Marie en a vingt-huit… Où est le problème ? Quelqu’un a dit qu’on faisait la course ? C’est le jeu de « celle des trois sœurs qui se marie la plus jeune a gagné » ? On doit obligatoirement passer par la case « mariage », sinon on est éliminée ? » (p. 96)

« Qu’est-ce qui me prend de me traîner devant elles à quémander leur approbation ! Pas de compliment pour le vilain petit canard de la famille. Inutile d’encourager la brebis galeuse dans son vice. Elle nous fait assez honte… Pas de fausse joie. Pas de compliment, même les jours de fête ! » (p. 100)

« Heureusement, le voyage en voiture avec ses neveux est un vrai moment de bonheur. Elle est contente que Pauline ait demandé que la petite Lucie les accompagne. Ca la détend de chanter avec les enfants. Elle aime les voir heureux, insouciants, ivres du vent qui s’engouffre dans la voiture par les vitres baissées. Ces petits-là sont des trésors. Elle les aime à les dévorer. Rien que pour ce trajet – quelques kilomètres sur une route de campagne, entre l’église et le moulin –, ça valait le coup de venir. » (pp. 106 – 107)

« Assez de temps pour confirmer ce qu’il savait déjà : il ne supportait pas sa famille ; il était fou amoureux de la jeune femme du restaurant. Lorsque, au bout d’un mois, il s’est retrouvé sur pied, il ne pensait qu’à une chose : la convaincre de sortir avec lui. » (p. 133)

« Mon amour, tu as raison. On va s’en aller, quitter ces gens qui ne nous aiment pas. Ma chérie, n’arrête pas de sourire. Souris toujours, parce que je t’aime. Ce que tu as fait ce soir, ça m’est égal. Ça ne compte pas, pourvu que tu reviennes toujours près de moi. Pourvu qu’on soit toujours ensemble. » (p. 150)

« Il est d’autant plus déçu que, jusqu’ici, ça a marché à tous les coups : une fois la proie repérée, c’est un jeu d’enfant de la faire tomber dans son escarcelle. Les termes du pari sont clairs : tomber, pas coucher, sauf si on en a envie. Mais là, il ne faut pas exagérer… Pour coucher, il y a les pouliches de concours, qui connaissent les bonnes manières et rechignent rarement à la tâche de ce côté-là. Il a sa fierté, tout de même. » (p. 196)

« Avec les jeunes moches et les vieilles belles, « tomber », c’est suffisant. C’est assez pour prouver qu’on aurait pu coucher. C’est exactement comme si on avait couché, mais pas besoin de se salir.
Yann et lui se sont bien mis d’accord là-dessus, dès le départ. Tomber la fille, c’est très précisément la mettre dans une situation où l’on sait qu’elle se laisserait faire, si on allait plus loin. Comment savoir si on a réussi ? C’est simple : il faut qu’elle accepte de vous suivre dans un coin tranquille, à l’écart de la fête, dans un de ces coins qui semblent en vérité avoir été spécialement aménagés pour ça ; il faut qu’elle se soit laissé embrasser, toucher les seins, les fesses ou le sexe. Il n’est pas nécessaire d’avoir été en contact direct avec la peau. A travers les vêtements, ça compte aussi. Elles s’enflamment d’autant plus facilement que ces attouchements leurs sont refusés en temps ordinaire. » (pp. 196 – 197)

« Il le sait d’expérience : un compliment bien troussé, murmuré à voix basse, permet un léger rapprochement physique et amorce un début de complicité. » (p. 209)

réalisé par Cédric
le 24 juin 2013
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